Karine, psychomotricienne, a gentiment accepté de répondre à quelques questions sur son métier, questions que j’ai beaucoup eues dans les écoles, et auxquelles je ne savais pas toujours répondre 🙂

Quel types d’enfants aides-tu, quelles sont leurs difficultés ?

Karine : Je rencontre au cabinet, majoritairement des enfants scolarisés, avec des demandes de bilan psychomoteur qui émanent le plus souvent des enseignants. Le plus souvent également, ces demandes concernent des difficultés observées en graphisme.

Pour 10 demandes pour une vilaine écriture, il y a 10 profils psychomoteurs différents !

Le graphisme peut être considéré comme le dernier étage de la pyramide des acquisitions psychomotrices. Si les étages inférieurs, ou même parfois un seul, est défaillant, il peut y avoir une répercussion sur l’écriture, et ce je dirais, quasiment quelle que soit la difficulté initiale. On écrit comme on est….

Assez souvent, et presque quasi tout le temps, les enfants arrivent en bilan pour ce genre de demande, dans leur année de CE1, CE2, voire plus tard. Et ceci est bien dommage, car plus le travail est fait précocement, plus il est efficace, comme pour toutes les professions similaires.

Je rencontre également, des enfants plus petits, pour qui il est noté un retard des acquisitions psychomotrices, bien avant la marche par exemple. Bébé qui ne se retourne pas, ne tient pas assis seul, etc…. Ici, le travail est différent. Les parents sont présents pendant les séances, et assez souvent, je leur demande de reprendre le travail à la maison durant la semaine.

Egalement, je vois quelques enfants en situation de handicap, poly-handicapé ou autre malformation, troubles neuro…

De plus en plus, depuis quelques années, je reçois des enfants dans le champ TSA, avec qui nous menons un travail sensoriel, avec des adaptations pédagogiques relayées par l’école.

Je reçois enfin, et depuis une petite année environ, des enfants ayant un trouble de l’intégration sensorielle. J’ai terminé une formation de thérapeute en intégration sensorielle, et je pratique des évaluations de profil sensoriel, suivies ou non de thérapie, suivies assez souvent de mises en place d’aménagements des espaces du quotidien, à la maison et à l’école.

En général, sur combien de séances les aides-tu, comment décides-tu que leur « suivi » est terminé ?

K : Je ne pourrais pas dire combien de séances il est nécessaire de préconiser. Cela dépendra de l’indication psychomotrice, de l’âge de l’enfant, de sa maturité, du soutien apporté par la famille et/ou l’école, et bien entendu des troubles sous-jacents, neurologiques, génétiques, etc….

Nous décidons de stopper le suivi, toujours en accord avec la famille, et en général, je contacte l’école au préalable. Je travaille toujours en lien avec l’école. Ce que je note lors de mes séances, dans le cadre duel, n’est pas toujours ce qui est observé en classe.

La proposition de stopper le suivi arrive naturellement en général, lorsque l’enfant a acquis un certain confort, car nous sommes non pas des rééducteurs, et encore moins des rééducateurs fonctionnels, mais des thérapeutes à médiation corporelle et visée psychomotrice.

Nous stoppons donc assez souvent bien que certaines difficultés soient encore notées, à minima cependant, ce n’est jamais parfait lorsque nous arrêtons le travail, et il restera encore du chemin à faire, mais l’enfant est sur la bonne voie et n’a plus besoin de béquilles!

En revanche, pour les bébés, je stoppe lorsque nous avons rattrapé le retard, quasiment voire totalement. La petite enfance est une période de grande fragilité psychomotrice. Pour les bébés en situation de handicap, c’est encore différent…

Comme tu le vois, aucune thérapie ne se ressemble, chaque enfant est unique.

Est-ce que tu pourrais résumer, en quelques lignes, en quoi consiste ton métier (les grandes lignes, tes supports de médiation)?

K : Les séances de psychomotricité se font généralement en individuel, avec des situations motrices variées. Parfois globales, jeux moteurs, parcours, jeux d’adresse et de coordinations…ou des exercices plutôt d’habileté motrice plus fine, constructions, organisation spatiale, et graphisme.

Le support de travail est toujours ludique, ou du moins le plus possible, mais c’est un réel travail pour les enfants, qui doivent puiser attention et concentration!

Au fil du temps, et certainement avec l’expérience, j’utilise de moins en moins de support, mais plus le corps de l’enfant.

Pour certains suivis, pas de matériel, mais des jeux de corps à corps, de bercements et balancements, du toucher et des variations de pressions, des tapotements….le regard…Bref, nous reprenons tous les basiques de la communication et du développement psychomoteur du petit. Il faut donc, pour bien travailler en psychomotricité, bien maîtriser le développement du bébé, ses étapes et ce que chaque étape apporte à l’enfant et ce qu’elles mobilisent.

En fond de ce travail, qui peut être plus ou moins technique, toujours le « dialogue tonico-émotionnelle », la communication infra-verbale et les émotions sous jacentes. Décryptage des émotions de l’enfant, et du retour, « du transfert et du contre transfert ». Ce qui se joue au travers des réponses de l’enfant et de mes réponses aussi….

 

Quelle est la différence entre ton métier et celui d’ergothérapeute ? Quand doit-on plutôt conseiller à un enfant d’aller voir un psychomotricien ou d’aller voir un ergothérapeuthe ?

La psychomotricienne traite les troubles du mouvement et du geste, dans leur dimension affective, neuro motrice et tonique. Ce sont les troubles psychomoteurs.

L’ergothérapeute envisage les difficultés motrices en termes de fonctionnalité. Si la personne est gênée dans son mouvement, l’ergo cherche à faire autrement ou à faire avec une aide technique. Le psychomotricien lui, cherchera plutôt une conscience du mouvement et une harmonisation corporelle.

L’ergothérapie : c’est récupérer ou acquérir une meilleure autonomie. C’est la rééducation du mouvement ou du geste.

Le psychomotricien s’adresse à des sujets ayant des difficultés neuromotrices, psychomotrices, psycho-affectives, ayant des conséquences corporelles ou exprimées de manière corporelle.

Les études pour ces 2 métiers sont sanctionnées par un Diplôme d’Etat, en 3 ans.

Un grand merci à Karine !!

Une interview : le métier de pyschomotricien

3 avis sur « Une interview : le métier de pyschomotricien »

  • 6 février 2019 à 18 h 02 min
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    Merci beaucoup Julie !
    Très instructif encore une fois !

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  • 2 juin 2019 à 11 h 59 min
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    Merci Julie. C’est beaucoup plus clair pour moi désormais. Y a t’il une prise en charge des séances et bilans par la CPAM en psychomotricité et en ergo?

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    • 2 juin 2019 à 17 h 08 min
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      Non malheureusement, pas encore…

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