Voici une interview de Lise-Marie, éducatrice pôle autisme, et de Muriel, éducatrice pôle déficience, qui travaillent toutes les deux au SESSAD APAJH69, à Villefranche sur Saône.

Le SESSAD est composé d’une équipe pluridisciplinaire : éducateurs spécialisés, psychologues, psychomotricien, orthophoniste, médecin, pédiatre.

Le SESSAD APAJH a également une convention avec deux ergothérapeuthes et un neuropsychologue.

Le SESSAD peut intervenir sur tous les lieux de vie : domicile, école, centre de loisir…

Le projet de chaque enfant est réévalué tous les 6 mois, réajusté.

Pourriez-vous décrire en quelques mots quel est votre travail et avec quels types d’élèves vous travaillez ?

L-M : La mission principale de mon travail d’éducatrice en SESSAD est de soutenir l’inclusion dans les différents lieux de vie, l’école fait parti du lieu où j’interviens le plus pour les enfants suivis. Au sein du milieu scolaire, mon rôle est de généraliser des outils, tels que les emplois du temps avec des pictogrammes, timer, séquences d’actions…en ce qui concerne les élèves avec autisme. Lorsque je dois travailler des compétences particulières en individuel avec un enfant, la séance de travail se déroule au sein de son école. Les inclusions en classe ordinaire (pour les enfants scolarisés en ULIS) sont parfois difficiles à gérer pour les élèves et les AESH, c’est pourquoi je rencontre chaque semaine les enseignants et les AESH pour recueillir les difficultés et proposer d’autres pistes d’aménagements. Je peux aussi accompagner directement l’enfant en inclusion, ce sont des moments très riches au niveau de mon accompagnement car je me trouve alors au cœur de ce que vit l’enfant au quotidien. J’accompagne les enfants sur des temps de cantine avec un travail d’aide à la demande pour le repas (picto pour demander à être resservi, pour demander à boire, du pain..) et un accompagnement en récréation car ce sont souvent des temps compliqués pour les enfants autistes, il est souvent nécessaire d’indiquer le temps que cela va durer et le structurer au maximum pour éviter les angoisses.

Une meilleure inclusion pour un enfant, implique que je me rends également au domicile, car on peut faire parti d’un cercle familial sans pour autant partager des moments agréables avec ses différents membres. Le handicap fragilise la cellule familiale, il peut arriver que toutes les attentions parentales soient tournées vers l’enfant en difficulté. L’objectif en tant qu’éducatrice est de partager des temps de jeux, de sorties avec l’ensemble de la fratrie quand il y a lieu afin d’apaiser les tensions qui peuvent exister. Je peux intervenir aussi en guidance parentale, suite à la demande précise d’un parent, par exemple, pouvoir se rendre dans un magasin et faciliter le temps d’attente à la caisse.

L’inclusion est aussi un accès aux loisirs dans le secteur d’habitation, cette année j’accompagne tous les mercredis un enfant dans un club de natation car il a les compétences au niveau motrices et sportives d’exécuter les consignes du maître nageur mais pour autant, cet enfant a besoin que chaque consigne lui soit répété individuellement et il pourrait se mettre en danger lors des temps de transition.

Cette année j’accompagne des enfants porteur d’autisme âgé de 5 à 19 ans, avec chacun leur difficultés propres, certains enfants communiquent exclusivement par l’intermédiaire de pictogrammes, d’autres ont davantage de possibilités pour s’exprimer et sont plus en demande de comprendre les codes sociaux, d’analyser les situations d’interactions.

M : Comme Lise-Marie ma mission en tant qu’éducatrice en SESSAD est de soutenir l’inclusion de l’enfant dans tous ses lieux de vie. Je travaille au sein du pôle « déficience » qui accompagne des enfants et adolescents ayant comme handicap des difficultés cognitives (mémorisation, capacité d’apprentissage…), un retard intellectuel avec ou sans troubles associés comme un trouble de l’attention par exemple. La plupart des jeunes que j’accompagne n’ont pas de diagnostic précis concernant les difficultés qu’ils rencontrent. Le fait de ne pas savoir pourquoi l’on rencontre des difficultés peut être difficile à vivre.

J’accompagne plus particulièrement des adolescents entre 11 et 17 ans. Mon lieu d’intervention principal est l’école (collège, lycée, MFR). La plupart du temps je rencontre les jeunes lors de séances individuelles ou en petit groupe avec l’un de mes collègues (éducateur, psychologue, psychomotricien, orthophoniste, chargée d’insertion). Il m’arrive parfois d’intervenir directement en classe pour travailler un objectif bien précis (exemple d’un accompagnement en EPS pour encourager le jeune à aller demander à son professeur de lui réexpliquer les consignes s’il ne les avaient pas comprises).

Lors des séances, nous utilisons plein de matériel différent en fonction de ce que nous avons besoin de travailler. Nous pouvons ainsi utiliser les emplois du temps et apprendre à se repérer dans le collège, utiliser des jeux afin de pouvoir travailler autour de la compréhension des consignes, du tour de rôle, prendre confiance en soi et pouvoir prendre la parole en groupe, utiliser l’ordinateur pour faire des recherches.

A l’école je rencontre aussi les enseignants et les AVS afin de pouvoir échanger sur les difficultés rencontrées ou les progrès constatés et voir comment nous pouvons continuer à aider le jeune.

Afin de pouvoir travailler dans le sens de l’inclusion je fais également des accompagnements individuels ou en groupe sur l’extérieur afin de travailler autour des compétences sociales et d’autonomie (comment se tenir lorsque l’on est à l’extérieur de sa maison, pouvoir proposer des idées de sorties en famille ou entre ami(e)s, savoir se déplacer seul à pied, en bus voir en train). Cette année je vais par exemple accompagner, avec l’une de mes collègues, un petit groupe de jeunes à la médiathèque de Belleville, puis à la piscine et enfin au centre social. J’ai déjà pu accompagner un groupe d’adolescents, sur plusieurs semaines, dans les transports en commun de Villefranche pour leurs apprendre à se débrouiller seul (pour qu’ils puissent aller au lycée par exemple)

Enfin, j’interviens également au domicile des jeunes que j’accompagne mais il s’agit plus souvent d’un temps de rencontre avec les parents afin d’échanger et de faire le point de manière global sur la situation de leur enfant.

Mon rôle est également de me mettre en lien avec toutes les personnes accompagnant les jeunes dont je suis référente afin de s’assurer que nous travaillons tous dans le même sens et de pouvoir se partager les informations importantes.

Concrètement comment s’organise la prise en charge des élèves ? (ses journées, ses semaines ?)

L-M : Il n’y a pas un enfant qui as le même emploi du temps, ses accompagnements vont dépendre de ses besoins. Pour vous donner un exemple, un garçon de 10 ans qui est suivi par le SESSAD. Cette année, il est scolarisé en ULIS à plein temps, il mange 2 fois par semaine à la cantine avec la présence des éducatrices du SESSAD, il se rend en inclusion pour quelques petits temps les matins (45 min) avec l’accompagnement d’une AESH de l’ULIS et par une éducatrice. Il bénéficie d’une séance de travail en individuel au sein de son école avec une éducatrice toutes les semaines, la psychologue du SESSAD rencontre la famille à domicile tous les 15 jours. Il bénéficie également d’un groupe poney sur du temps scolaire et d’un accompagnement en club de natation avec le SESSAD les mercredi matin.

Cet enfant bénéficie également de 2 séances d’orthophonie par semaine avec une orthophoniste en libéral.

Pour cet exemple, cela paraît assez dense comme programme, il faut savoir que beaucoup de temps de rééducations, d’accompagnements par le SESSAD, sont sur du temps scolaire afin de ne pas surcharger ses journées.

Mais pour un autre enfant, les accompagnements du SESSAD peuvent être simplement un groupe habiletés sociales chaque semaine car cela répond à ses besoins.

 

M: Comme l’a dit Lise-Marie les jeunes au SESSAD ont chacun leur emploi du temps. Nous construisons avec les jeunes et leur famille un Projet Personnalisé d’Accompagnement. Ce qui signifie qu’en fonction des besoins qui sont repérés nous essayons d’ajuster les accompagnements (orthophonie, psychologie, psychomotricité, éducatif). Tous ces accompagnements s’articulent avec l’emploi du temps de l’école et celui de la maison.

Sur le pôle déficience j’ai par exemple une grande adolescente qui est maintenant assez autonome pour se débrouiller seule la plupart du temps. Mais elle peut encore avoir besoin du SESSAD pour l’accompagner sur un stage ou l’aider sur du travail scolaire ou effectuer quelques démarches administratives. Cette jeune bénéficie donc d’un temps avec l’éducatrice de manière ponctuelle (file active)

A l’inverse une autre jeune fille de 14 ans a davantage de besoins d’aide. Dans la semaine elle rencontre l’orthophoniste en séance individuelle, la psychologue en séance individuelle, et participe à 3 groupes différents dont un le mercredis après-midi : Groupe de Parole animé par la psychologue, un groupe « Espace-temps » pour pouvoir mieux se repérer dans son quotidien avec pour améliorer son autonomie et ses capacité de planification ( savoir repérer un trajet sur un plan, planifier un trajet en bus, en train, savoir se repérer dans le calendrier, maîtriser l’heure), un groupe ‘Toi&Moi » pour travailler sur les compétences sociales (savoir se faire des amies, pouvoir trouver des activités en dehors de la maison, pouvoir donner son avis et argumenter). Ces accompagnements ont lieu au collège (sauf celui du mercredi). Le reste du temps elle est soit en inclusion dans la classe de 4ème (accompagner d’une AVS collective) soit au sein du dispositif ULIS. Elle mange tous les midis au self.

 

Où sont scolarisés les élèves suivis au SESSAD ?

L-M : Pour les enfants dont j’assure le suivi cette année, ils sont scolarisés sur Belleville, Villefranche, Jassans et un est scolarisé à domicile.

M : Cette année, j’accompagne des jeunes scolarisés à Villefranche, Dardilly, Beaujeu, Belleville, Charentay.

De manière plus générale, nous accompagnons des enfants scolarisés essentiellement sur le secteur de Villefranche et Belleville. Nous allons également jusqu’à Beaujeu, au Nord du département du Rhône, mais également jusqu’à L’Arbresle, dans l’Ain (limitrophe avec Villefranche).

J’ai un élève suivi au SESSAD dans ma classe : qui contacter pour avoir des pistes pour l’aider ?

L-M : Pendant la période de bilan, lors de l’accueil d’un enfant au sein du SESSAD, les professionnels se rendent dans leur classe pour une observation et une rencontre est prévue avec l’enseignant et l’AESH s’il y a lieu. Un échange de coordonnées se fait à ce moment là, l’enseignant peut donc à tout moment interpeller le professionnel référent de l’enfant scolarisé.

Un grand merci à Lise-Marie et à Muriel d’avoir pris le temps de répondre à ces questions.

A venir : un article sur les adaptations en classe pour les enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme.

Interview : des professionnels du SESSAD

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